samedi, 02 juin 2007
Pour qu'Outreau ne soit pas qu'une simple erreur judiciaire
Outreau. Autrefois peu connue, cette ville du Pas-de-Calais incarne désormais l’erreur judiciaire. Avec pour figure de proue, le jeune et désormais célèbre juge Burgaud engagé dans un procès contre dix-sept adultes accusés d’abus sexuels envers des enfants.
La journaliste Florence Aubenas couvrait le procès en 2004 pour le quotidien Libération. Et à la différence de nombreux autres collègues, elle sentit rapidement l’erreur judiciaire se profiler à l’horizon. Aussi, à son retour à Paris, décida-t-elle d’écrire un livre sur le procès d’Outreau. La méprise aurait dû voir le jour plus tôt, mais son expérience personnelle de journaliste reporter en décida autrement. Comme elle l’explique dans sa préface, Florence Aubenas recommença son livre une fois rentrée de son épisode irakien. Et avec le recul que lui conféra sa tragique expérience, coucha sur papier le procès d’Outreau.
La journaliste ne s’attarde pas à développer ses ressentiments, se contentant d’une description sobre pour comprendre le mécanisme de l’erreur judiciaire. Les mots sont justes, les scènes réalistes. Tellement réalistes que la lecture rappelle un roman. Mais les faits n’ont malheureusement rien d’une fiction. D’où ce sentiment de gêne éprouvé, mêlé à une immanquable réflexion : « Comment n’ont-ils pu rien voir ? ».
Au fil des chapitres, Florence Aubenas explique la construction de la rumeur, les mensonges des enfants, les surenchères des accusateurs et les appels désespérés de ceux qui se disent innocents. Outreau naît de la parole d’enfants. Outreau naît de l’imagination de Myriam Delay, qui dénonça ses voisins, ses proches et des notables qu’elle fréquentait à peine. Outreau naît de la misère humaine, de ces familles qui vivent reclus dans leur quartier, avec pour seules sorties les courses au grand supermarché en début de mois. Outreau naît de la persévérance d’un juge, persuadé d’être face à un réseau international pédophile. Outreau naît de l’engouement des médias.
Ils étaient treize à revendiquer leur innocence. Personne ne les a entendus. Personne ne les a écoutés. Chacun semble avoir sa responsabilité dans le dossier. Pourtant, Florence Aubenas ne propose pas un pamphlet. Juste une description qui interpelle quant à la cécité des différents acteurs. Et si ce livre ne peut pas réparer l’attitude de chacun, du moins peut-il éviter une nouvelle erreur judiciaire similaire.
Florence AUBENAS, La Méprise. L’Affaire d’Outreau, Paris, Seuil, 2005, 255 p.
Hippolyte.
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vendredi, 23 février 2007
"Stand up for the Burrup"
L’association australienne « The Friends of the Australian Rock Art » (FARA) organise dimanche 25 février une action pour sensibiliser l’opinion française. Un rassemblement devant l’entrée du musée du Quai Branly, à Paris (14h), pour défendre le patrimoine culturel australien.
C’est une nouvelle version de David contre Goliath. Un énième récit contemporain de la célèbre mythologie. FARA proteste contre le refus, fin 2006, du gouvernement australien de classer la péninsule du Burrup, refus qui sous-tend une prochaine extension d’un groupe pétrolier. Or, cette péninsule a été classée en 2005 parmi les sept sites patrimoniaux les plus menacés du monde. Située à l’ouest de l’île, elle regorge en effet de trésors historiques. Des monuments lithiques, des stèles et des gravures rupestres vieilles de plusieurs millénaires. Un héritage culturel aujourd’hui menacé.
D’où l’initiative de FARA de faire connaître au monde entier cette situation pour mettre la pression sur l’Australie. Il s’agit d’organiser des rassemblements et de photographier quinze manifestants vêtus d’un T-shirt noir marqué d’une lettre blanche pour former le message : « Stand up for the Burrup ». Et prouver au gouvernement australien la mobilisation internationale contre son projet. Des actions se sont ainsi déroulées en Espagne et en Italie, d’autres sont en préparation en Allemagne, en Angleterre et au Brésil. En France, Fanny Vignals coordonne le mouvement. A son actif, déjà trois journées : le 3 février dernier au Trocadéro (Paris), le 9 février sur le site des grottes de Pech Merle (Lot) et le lendemain dans la forêt de la Braunhie (Lot), bien connue des amateurs de spéléologie. « Nous recherchons des associations ou des personnes-relais pour organiser des actions dans d’autres pays du monde et dans d’autres lieux français liés à la préhistoire,
à l’Australie ou aux cultures traditionnelles » explique Fanny Vignals. « Le principe est simple : confectionner les T-shirts et photographier 15 personnes vêtues » continue-t-elle. Un geste simple mais ô combien symbolique que FARA espère voir se multiplier à travers le monde.
Hippolyte
Renseignements sur le site internet http://standupfortheburrup.com/ ou auprès de Fanny Vignals : fogofanny@gmail.com
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samedi, 17 février 2007
Bernadette, elle est très chouette...
Madâme. Impossible conversation. Le titre résume à lui seul le contenu du livre. « Madâme », avec un accent circonflexe, comme pour signaler la préciosité de la personne. « Impossible conversation », pour témoigner du difficile travail de l’enquêteur.
Madâme n’est pas un portrait de la première dame de France. Né par défaut suite au refus de Canal Plus de diffuser le documentaire, l’ouvrage raconte le travail d’investigation du journaliste indépendant John Paul Lepers. Et visiblement, son exercice ne fut pas facilité par l’entourage présidentiel. John Paul Lepers se défend pourtant : son sujet ne s’intéresse pas à la vie privée de la première dame de France, ni même aux Affaires, mais à la « femme publique, élue de la République depuis 1971 et présidente de la fondation Hôpitaux de Paris - Hôpitaux de France ». John Paul Lepers qui réalise un reportage sur Bernadette Chirac sans rechercher « la petite bête »… l’intention fait sourire, malgré toute la bonne volonté qu’affiche le journaliste dans son livre.
Qu’il souhaite portraiturer à charge ou à décharge la femme du président, qu’importe finalement ! Le bât blesse avec les entraves à sa liberté d’exercer. Des entraves certes plus ou moins directes, mais des entraves. Difficultés pour interviewer Bernadette Chirac, pour interroger amis ou témoins, ou pour filmer certaines scènes. Ainsi, John Paul Lepers, qui connaît la conseillère en communication de Bernadette Chirac, peine à obtenir son agenda. Anne Barrère ne l’informe pas. Et lui de devoir anticiper les événements. De même, les péripéties engagées pour réussir à filmer le château de Bity, résidence corrézienne des Chirac, font sourire.
Malgré ces obstacles, John Paul Lepers avance dans son enquête. Et commence à découvrir quelques relations entre le statut privilégié de femme de président et celui de femme publique. Le premier favorisant souvent la cause du second, du maintien d’une classe en Corrèze au concert de Johnny Halliday en passant par l’arrivée du Tour de France à Sarran. Par ailleurs, si Bernadette Chirac multiplie les interventions dans des associations diverses, Madâme montre comment elle utilise cette notoriété à titre personnel. Le récit d’une pose photo inaugurale à l’hôpital de Rambouillet, avec cette conseillère régionale qui essaie de se glisser dans le champ, est révélateur. Alors que la Région a accordé beaucoup plus de subventions que la fondation Hôpitaux de Paris – Hôpitaux de France, c’est Mme Chirac qui figure au centre des objectifs.
Il peut arriver au lecteur de douter lorsqu’il découvre ce genre de scènes. Il sent que la subjectivité exagère certaines situations. Sauf que John Paul Lepers possède un documentaire qui peut justifier – même monté- la réalité de tout écrit. Une bouée de sauvetage qui rend plus crédible sa narration. Et son travail d’enquête par la même occasion.
John Paul Lepers, avec Thomas Bauder, « Madâme. Impossible conversation », Paris, Privé, 2006, 298 p.
Bernadette Chirac était justement l’invitée de Michel Drucker dimanche dernier. Sur le canapé rouge de Vivement dimanche se sont succédées de nombreuses personnalités. Un concert de louanges. Une autre image de la femme du président. Même la célèbre chienne Olga confirme : Bernadette, elle est très chouette.
Faute de visionnage, pas de commentaires sur l’émission. Juste cette interrogation sur la pertinence d’une chanson. « Dans la jungle, terrible jungle, le lion est mort ce soir » entonne en effet une chorale corrézienne invitée sur le plateau. Pow-Wow n’étant plus un groupe en pleine actualité, la pertinence du titre questionne. Michel Drucker, ami cycliste de Nicolas Sarkozy, a-t-il voulu envoyer un message subliminal à Jacques Chirac ?
Hippolyte
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